Je code, je grandis

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Cet article suit celui dans lequel je m’interrogeais sur la nature du codage.

Je vais parler de ce qu’il me semble que coder peut nous apporter, en plus de nous apprendre à donner des instructions à une machine. Je commencerai par une analogie entre coder et conter, car ces réflexions ont débuter suite à une conversation sur ce thème particulier.

Un conteur sachant coder…

Le conte, avant même de parler de sa forme, répond à un problème : comment éviter que les petites filles se fassent manger toutes crues, que les enfants se laissent attirer par ce qui brille ou sent le caramel, comment faire pour qu’ils soient serviables, bienveillants,… bref, comment éduquer dans le sens que nous (la société, la religion,…) souhaitons ?

Décodons la solution qui a été trouvée voilà bien longtemps à ce problème d’édification : montrer par l’exemple (le plus frappant possible de préférence) ce qui se passe si l’on suit (ou pas) la règle qu’on veut mettre en avant.

Petite gymnastique du conteur :

  • J’identifie le point (problème) que je veux aborder (ex. il ne faut pas traîner seul le soir dans un coin malfamé)
  • J’identifie la situation qui portera le mieux mon exemple (ex. une fôret sombre, un loup qui mange tout le monde,…)
  • Je crée un personnage idéal pour vivre cette situation (ex. une petite fille vive et aventureuse et qui n’en fait qu’à sa tête)
  • Je mets tout en oeuvre pour que le lecteur (auditeur) s’attache à ce personnage, voire s’identifie à lui, afin que ses péripéties soient bien mémorisées. J’en dessine les contours et les traits de caractère le mieux possible, de préférence par les actions plutôt que par les mots. (ex. on peut dire que telle jeune fille est généreuse, mais si on la voit puiser de l’eau pour donner à boire à une vieille femme, c’est beaucoup plus parlant)
  • Je déroule alors le tapis rouge de mon histoire : évidemment, ce qui est le plus craint arrive, le personnage s’en tire ou non, seul ou non, c’est selon.

On voit ici que le code, ce n’est pas dans un premier temps la structure du conte telle que les schémas dramatiques nous la font voir (situation initiale, éléments perturbateur,…), mais le cheminement pour satisfaire un besoin premier.
J’ai donné l’exemple d’un besoin éducatif, mais on peut vouloir raconter pour transmettre une émotion, partager une expérience.  

Mais si il y a un code, y-a-t-il encore créativité ?

En fait, qu’est-ce qu’être créatif ?

  • C’est savoir reconnaître ce que l’on veut assouvir, résoudre, montrer.
  • C’est faire le tour de son problème, en appréhender toutes les contraintes.
  • C’est envisager des solutions, naviguer dans une arborescence de possibilités, puis construire.

On parle souvent d’originalité, ou bien on la cherche, ou on en déplore le manque. Je pense que l’originalité n’est pas dans le résultat d’un travail créatif, mais bien dans le chemin qui mène à une solution, parce qu’elle met en oeuvre des ressorts qui ne sont qu’à soi (ou à un groupe de personnes si le travail est collectif).

Les cheminements logiques, les rapprochements que l’on fait pour comprendre et résoudre un problème, sont le fruit d’étranges croisements : ce que l’on a vécu, ce que l’on a appris, ce que l’on observe en cherchant la solution, ce que les autres nous apportent.

Code et enseignement

Je suis persuadée que l’apprentissage de la programmation est une chance unique pour modifier les regards sur les élèves, sur l’enseignement. C’est une nouvelle matière, elle n’a pas sur elle encore tous les préjugés que l’on peut avoir sur les autres. Il est encore temps d’inventer ses modalités d’enseignement. Elle peut être le lieu d’une plus grande liberté pour les élèves et les professeurs.

Parce qu’en programmation il n’y a pas qu’une seule bonne réponse, parce qu’avant que le professeur ne se prononce il y a la réponse de la machine, parce que la programmation est un cheminement et non un point d’arrêt, elle a d’immenses qualités pédagogiques.

Au-delà de l’aspect utilitaire du langage informatique, aborder le codage (par tout moyen) donnera des chances égales à chaque enfant, parce que cette matière apprend à penser et à se projeter, elle est positive, active et, ce qui est remarquable, l’acte de réflexion a une action sur le réel.

Tout ce qu’elle enseigne peut être appliqué à chaque matière et à toute la vie.

Enseigner le codage, c’est donner aux enfants plus qu’un éventuel métier dans l’informatique : des leviers puissants sur le monde qui les entoure.

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